Monsieur Origami – Jean-Marc CECI*****

« Toute beauté a sa part d’ombre. »
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Maître Kurogiku avait vingt ans quand il a quitté son pays à la recherche d’une femme aperçue au Japon. Quarante ans plus tard, installé en Toscane, il cultive les kozo (mûriers), pratique le zazen, fabrique du washi (papier) et crée des origami. Un jour, le jeune Casparo qui rêve de créer la montre la plus complexe du monde, vient s’installer chez lui.

« L’acte le plus important, celui qui confère son sens, non pas à l’activité de maître Kurogiku mais bien à ce qu’on fond de lui il est ou, pour être plus précis, ce qui permet d’entrer dans ce qu’au fond de lui il est vraiment, l’acte le plus important après avoir plié ses origami est précisemment ceci: leur dépliage. Alors il les pose devant lui. S’assoit en zazen. Et médite en silence. Maître Kurogiku examine le papier, les lignes, les intersections, les formes géométriques laissées par les plis. Car chaque origami laisse, sur le papier, les lignes des plis dont la composition et la structure sont uniques à chaque modèle. Comme les cristaux, uniques, d’un flocon de neige. Ses empreintes digitales. Assis en zazen pendant des heures, maître Kurogiku fixe son attention sur une feuille d’origami dépliée. Il retrace les étapes des plis jusqu’à ce que, par la force de la pensée, il parvienne à replier le papier. »

  • INTRIGUE: ♦♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦♦♦

Un haïku romancé… Voilà comment on pourrait décrire ce court roman philophique inclassable, très dépouillé dans sa forme et faussement léger dans son contenu. L’histoire se développe par petites touches: l’arrivée de maître Kurogiku dans la maison abandonnée, les étapes de la fabrication du washi, le pliage des origami, les discussions avec Casparo, le passé… L’auteur jongle avec le rythme, les répétitions, les silences, la typographie, nous obligeant à ralentir la lecture, à peser chaque mot, chaque phrase. Très doux, poétique et profond, ce livre permet de s’interroger sur la vie, le temps, l’art, les rêves de jeunesse, la portée de nos actes,  avec peu de mots mais beaucoup d’images. Il est comme un refuge bienvenu contre l’agitation stérile du monde. Une première oeuvre extrèmement réussie à lire (et relire) d’une traite, comme dans un souflle ou à savourer lentement.

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