Recluses – Séverine CHEVALIER***

Sur les traces de la fille à la robe jaune.IMG_20180423_125857_531

Une jeune fille de 19 ans, Zora Korps, se fait exploser dans un centre commercial de la banlieue lyonnaise. Parmi les quinze victimes, l’enfant de Suzanne. Obsédée et enfermée dans sa douleur, elle cherche à comprendre cet acte et part sur les traces de la kamikaze dans le sud de la France avec sa soeur Zia, lourdement handicapée, qu’elle enlève d’un établissement spécialisé.

« Quand elle a débarqué, sincèrement, je n’y ai pas cru. Dix ans après, au bas mot, et Suzanne se pointe coimme une fleur, m’embrasse comme si de rien n’était, ne jette dans le fauteuil, glisse quelques unes de mes fringues dans un grand sac de sport, et on roule à toute allure (toutes proportions gardées) dans le parc et jusqu’à sa voiture, clic, clac, elle replie l’engin, elle n’a rien perdu de sa dextérité d’antan, m’harnache sur le siège avant, démarre dans un crissement à la Starsky et Hutch, passe le portail ouvert du centre et dit: « Ma soeurette, on va voir du pays. » En un sens, ça tombe à pic. Je commençais sérieusement à dépérir, dans notre joli mouroir refait à neuf tous les six mois. L bâti a son importance, mais tout de même. C’est surtout qu’on s’y ennuie ferme comme des boites de conserve alignées sur un tapis roulant. »

  • INTRIGUE: ♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦♦

Suzanne nous entraîne dans sa quête désespérée: recueillir des témoignages relatifs à la vie de Zora pour tenter de saisir l’inexplicable raison de son geste. Le récit est assez décousu, comme les souvenirs et les pensées qui se succèdent. L’auteur nous présente également plusieurs points de vue et plusieurs styles se succèdent selon le narrateur, et s’entremêlent, sans ordre chronologique: le quotidien et le ressenti de Suzanne (recluse dans sa douleur), l’histoire de Zora qu’elle tente d’imaginer, le rapport du psychiatre, les perceptions de Zia, la soeur handicapée de Suzanne (recluse dans son corps) qui, si elle ne peut bouger, fait preuve d’un sens aigu de l’observation de ce qui l’entoure. Cette narration éclatée fait écho à l’explosion qui ouvre le récit et oblige le lecteur à reconstituer progressivement l’histoire jusqu’au dénouement étonnant et déstabilisant. Le style de S. Chevalier est étonnant et parfaitement maitrisé: l’écriture est à la fois dure, concise, puis étonnament lyrique. Je suis sortie un peu groggy de ce roman court mais dense qui ne m’a pas cependant permis de véritablement m’attacher aux personnages.  Un road-trip à la frontière du roman noir et du récit psychologique et une auteure à suivre.

 

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