Sous-béton – Karoline GEORGES ****

Une interrogation glaçante sur le devenir de l’être humain.

IMG_20180503_131925_122Dans un monde dévasté, seul le Béton Total, un édifice de plusieurs milliers d’étages a subsisté. Depuis sa naissance, l’enfant est enfermé dans une minuscule cellule au 5969e étage avec son père qui avale de « l’abrutissant » et le frappe et sa mère qui redoute l’expulsion synonyme de mort. Immobile, l’enfant est à l’affût jusqu’au moment où une transformation va bouleverser définitivement sa perception de ce qui l’entoure.

« Je n’avais pas de nom, mais ça m’importait peu. Car je n’avais rien d’autre non plus. Enfin, presque rien. Je possédais un drap gris, enroulé autour de moi chaque nuit pendant le sommeil sur béton. C’est déjà une chance, me rappelait parfois ma mère, puisque certains ne dorment pas du tout. Comme ces inombrables expulsés de l’Edifice bousculés jusqu’à la mort, aucun répit nulle part jamais. Je possédais également un ensemble de connaissances. Une éducation très moyenne, me rappelait souvent le père avec mépris. Mais au moins ça l’occupe, en attendant son heure, argumentait la mère dans un murmure. Je patientais toute la journée assis sur mon drap gris, tête enserrée dans le cubicule d’apprentissage, immobilisé entre les murs de béton sans fenêtre aucune et le sifflement du filtre à oxygène. Le reste du temps, je cumulais exactement deux autres occupations: dormir ou feindre le sommeil. »

  • INTRIGUE: ♦♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦♦♦

Voilà un roman que l’on pourrait classer dans la catégorie anticipation post-apocalyptique, si cela n’était pas aussi réducteur tant il s’agit d’un objet littéraire non conventionnel qui mêle également le conte fantastique et une forme de poésie très particulière. Qu’est-il arrivé au monde pour que des milliers de personnes soient enfermées dans un édifice labyrinthique, chacune assignée à une tâche stricte à exécuter sous peine d’expulsion? L’immeuble, sans ouverture vers l’extérieur, ressemble à une prison ou à un camp de redressement où chaque individu est surveillé et endoctriné. Il fait également pensé à un monstre qui dévore et digère les individus qui l’habitent. Ceux-ci vivent par ailleurs dans la hantise de devoir affronter l’extérieur car les rumeurs les plus folles circulent: ceux qui sont expulsés sont condamnés (les descriptions de l’extérieur m’ont fait penser à celles des camps d’extermination nazis). A l’image du narrateur, le petit garçon, et sans repères temporels, on se sent continuellement inquiété, oppressé, étouffé entre les murs de béton, à la limite de la claustrophobie. L’écriture est sèche, dépouillée, faite de phrases courtes, de répétitions, à la manière de Cormac McCarthy dans Sur la route. C’est au moment où l’enfant se pose la question du pourquoi de tout cela qu’il tente enfin de se différencier de la masse, d’affirmer sa propre singularité, d’imaginer une alternative (« j’ai tenté d’envisager un univers autre que le mien« ). Peut-il s’échapper d’une façon ou d’une autre de cet enfer, trouver une fissure, n’importe laquelle, réelle ou imaginaire? L’auteure apporte une réponse très personnelle, que l’on peut interpréter de différentes façons. Ce roman pose la question de la liberté, du devenir notre humanité mais aussi de la force de l’imagination. Une oeuvre singulière et dérangeante qui mérite de s’y laisser entrainer.

 

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