L’insouciance – Karine TUIL *****

« Une part d’eux-mêmes est définitivement perdue. »

IMG_20180508_173505_235Quatre personnages qui tentent de reprendre le contrôle de leur vie. Romain, soldat, qui revient d’Afghanistan meutri et traumatisé. Marion, journaliste et écrivain, dont Romain tombe follement amoureux. François, le mari de Marion, riche patron qui se retrouve piégé dans un scandale politico-médiatique. Osman, ami de longue date de Romain, ancien animateur en banlieue devenu conseiller à l’Elysée.

« Lis Rilke d’abord : tu ne dois pas chercher à comprendre la vie – tout est dit. » Il inspira fortement, comme s’il manquait d’air, puis continua : « De mon expérience, j’ai appris une chose : dans la vie, il y a très peu d’occasions d’être heureux. L’amour en est une. Mais elle est rare et a une durée limitée. Alors que la lecture peut être quotidiennement renouvelée. Oui, lire est la seule chose qui m’ait rendu pleinement heureux. » Elle prit le sac et remercia Paul Vély. « Est-ce que tu écris en ce moment? – J’essaie mais mon esprit est incapable de se fixer très longtemps sur un sujet. – Je suis sûr que tu finiras par écrire ce livre, lui dit-il. Proust évoque ces grands chagrins utiles dont l’écrivain fera de la littérature. – L’écriture c’est l’exacerbation de la violence. Ce qui produit la littérature finit aussi par vous tuer. – Il faut choisir la vie, Marion. Il faut vivre, rien d’autre. »

  • INTRIGUE: ♦♦♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦♦♦

Ce roman de Karine Tuil est une fresque sociale, une plongée dans notre début de 21ème siècle. L’auteure s’empare de questions qui bousculent et questionnent le monde d’aujourd’hui et la société française en particulier : la guerre contre le terrorisme, la montée de l’antisémitisme, les réseaux sociaux, les revendications identitaires et l’intégration, l’Islam radical. L’identité est au coeur de tout: chaque personnage a un problème d’appartenance, qu’il s’agisse de l’origine sociale, ethnique, de la religion, de la culture, de l’éducation. Qui sommes-nous vraiment? Par quoi sommes-nous façonnés? Peut-on échapper à ses origines? Ces questions sont abordées de façon magistrale, avec une puissance romanesque qui vous happe dès les premières lignes pour ne plus vous lâcher, avec un formidable sens du récit, une maîtrise totale de la tension narrative et des personnages dont les vies s’entremêlent, ancrés dans le réel et terriblement attachants. C’est un tableau sans concession de notre société où l’image est omniprésente, où un mot, une réaction peuvent faire ou défaire les carrières et les existences (les médias et les réseaux sociaux se chargeant du reste), où la violence est partout: sur les terrains de guerre évidemment, mais aussi des rapports du quotidien, dans les relation intimes ou professionnelles, où l’hyprocrisie et les rapports de classes  régissent encore le fonctionnement social. Quelques années après L’invention de nos vies, Karine Tuil s’impose avec ce roman passionnant, dense, profond, documenté, sans complaisance, qui fait réfléchir sans tomber dans la caricature (et pourtant l’exercice pouvait être périlleux); son écriture est fluide et précise, généreuse, ironique et percutante, comme une bouffée d’adrénaline, comme un torrent qui emporte tout sur son passage, laissant le lecteur bousculé et sonné d’être arrivé au terme de cette histoire. Un immense roman, un témoignage qui fera date!

 

 

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