A l’orée du verger – Tracy CHEVALIER ***

De la culture des pommes dans l’Amérique des pionniers.

IMG_20180519_145400_183.jpg1838. Les Goodenough s’installe sur les terres  incultes  et marécageuses du Black Swamp dans l’Ohio. Chaque hiver, la fièvre vient orner d’une nouvelle croix le bout de verger qui fait difficilement vivre ces cultivateurs de pommes. Lorsqu’un drame fait basculer le destin de la famille, Robert, l’un des fils, part seul tenter sa chance vers l’ouest pour, après avoir exercé divers métiers, devenir négociant en graines de séquoias. Mais le lien avec les siens ne sera pas totalement rompu.

« Ils se disputaient encore à propos des pommes. Lui voulait cultiver davantage de pommes de table, pour les manger ; elle voulait des pommes à cidre, pour les boire. Cette querelle s’était répétée si souvent qu’ils jouaient désormais leurs rôles à la perfection ; leurs arguments s’écoulaient fluides et monotones autour d’eux car ils les avaient l’un comme l’autre entendus assez fréquemment pour ne plus avoir à écouter. Si la dispute d’aujourd’hui entre le sucré et l’acide s’avérait différente, ce n’était pas parce que James Goodenough était fatigué ; il était sans arrêt fatigué. Ça vous épuisait un homme, de se tailler une vie dans le BlackSwamp… Si elle était différente, ce n’était pas parce que Sadie Goodenough avait la gueule de bois ; elle avait souvent la gueule de bois. Non, elle était différente parce qu’ils avaient eu la visite de John Chapman la veille au soir. De tous les Goodenough, seule Sadie était restée l’écouter parler jusque tard dans la nuit, jetant de temps à autre des pommes de pin dans le feu, histoire de le ranimer. […] Elle était toujours plus heureuse, plus effrontée et plus sûre d’elle-même après une visite de John Chapman. »

  • INTRIGUE: ♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦

Ce roman se déroule à différentes époques. D’abord au printemps 1838 avec la vie quotidienne de la famille Goodenough et de leur plantation de pommiers, jusqu’au drame qui va provoquer le départ de Robert. Porté par un récit à deux voix, teinté de l’espoir de James, le père, et de la rancoeur de Sadie, sa femme, cette première partie est pour moi la plus réussie avec des personnages hauts en couleur et une belle description des conditions de vie de ces pionniers face à une terre encore à conquérir: les marécages, la lutte contre les éléments, les moustiques, les fièvres qui emportent les enfants en bas âge, les rassemblement religieux… Comme souvent, Tracy Chevalier s’empare d’un sujet et parvient à nous immerger grâce à un vrai travail de recherches (ici les premiers vergers cultivés à partir de graines venues d’Angleterre). Après le départ du fils, le récit devient plus décousu. Elle utilise le procédé un peu artificiel de l’échange épistolaire (unilatéral d’ailleurs) pour montrer le passage des années. Lorsque l’histoire reprend en 1853, on a l’impression de commencer un nouveau roman. Bien que le fil conducteur de la passion des arbres et de l’héritage familial soit conservé, le personnage de Robert manque de relief et l’intéret s’émousse un peu. Les personnages féminins sont plus forts. L’auteure aborde d’un point de vue original l’histoire de ces anonymes qui ont construit l’Amérique, même si ce roman ne bénéficie pas des qualités narratives ni du souffle romanesque de ses précédents.

 

 

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