Les années douces – Hiromi KAWAKAMI ****

« Si c’est un rêve, quand est-ce qu’il prendra fin? »

IMG_20180526_083056_139.jpgTsukiko croise par hasard, dans le café où elle va boire un verre tous les soirs après son travail son ancien professeur Matsumoto Harutsuna, qu’elle nomme le « maître », désormais septuagénaire. Ils se revoient et insensiblement, au fil des rencontres et des discussions, les liens se resserrent entre eux. De repas partagés autour du saké en  promenades, ils se découvrent petit à petit.

« J’étais seule. Seule je prenais le bus, seule je déambulais dans les rues, seule encore je faisais des courses, seule toujours j’allais boire. Il n’y a aucune différence entre l’état d’esprit qui est le mien quand je me trouve avec lui et celui qui m’habitait du temps où je faisais seule toutes ces choses. Mais alors, je dois pouvoir continuer à vivre comme avant ! Quel est ce besoin qui ne me lâche pas de rechercher sa présence ? Seulement voilà, quand je suis avec lui, j’ai l’impression de vivre quelque chose d’authentique. Mais c’est peut-être curieux de parler d’authenticité? Disons alors que c’est comme cet étrange sentiment qui pousse à préférer laisser le bandeau qui entoure le livre qu’on vient d’acheter, plutôt que de l’ôter. Si le maître savait que je compare au bandeau d’un livre, il se fâcherait sans doute. Me retrouver dans le même bistrot que le maître sans que lui et moi n’échangions un seul regard, c’était l’équivalent du livre séparé du bandeau qui l’acompagne, qu’on aurait posé ailleurs, ça ne collait pas. »

  • INTRIGUE: ♦♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦♦

Le temps peut s’arrêter pendant cette lecture. L’auteur ne précise pas où et quand cette histoire se passe, mais cela n’a aucune importance. Il n’y a pas d’intrigue à proprement parlé, juste un point de départ, la rencontre, et la narration, lente, est centrée sur les conversations et le ressenti des deux personnages qui se découvrent et s’apprivoisent lentement. Ils se retrouvent pour déguster du saké ou de la bière en fin de journée, partager des heures immobiles propices à la réflexion , mais aussi partir en randonnée,  cueillir des champignons, s’émerveiller devant la beauté de cerisiers en fleurs, visiter un musée… Pourtant, on ne s’ennuie jamais et on se laisse bercer par ce quotidien décrit dans toute sa simplicité, dans ces petits détails qui font la beauté de la vie. C’est presqu’un huis clos, centré sur ce couple atypique: peu de personnages gravitent autour d’eux, hormis le patron du bar où ils se voient la plupart du temps. On sait également peu de choses sur la vie passée de Tsukiko et à peine plus sur celle du «maitre» (c’est par bribes qu’il apprendra à Tsukiko l’histoire de son mariage). La simplicité du propos est assortie d’une écriture très poétique, d’une grande légéreté, et extrêmement attachante. On déguste phrase après phrase l’intensité des émotions ressenties. Ne s’agit-il réellement que d’amitié? Ou est-ce plutôt un amour impossible qu’aucun des deux ne veut avouer? L’auteur nous laisse dans cette ambiguité, mais le plus important reste l’impression de se balader sur un chemin: la destination importe peu, il faut juste profiter du paysage. Un très beau roman, très doux, délicat, sensible.

5 romans où les restaurants et les cafés ont une place importante

  • Mohawk – Richard RUSSO
  • Le dîner – herman KOCH
  • Beignets de tomates vertes – Fannie FLAGG
  • Le club des incorrigibles optimistes – Jean-Michel GUENASSIA
  • Café viennois – Michèle HALBERSTADT

 

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