Aveu de faiblesses – Frédéric VIGUIER ****

L’ambiguité et le suspense jusqu’à la dernière ligne…

IMG_20180606_155506_678.jpgA Montespieux-sur-la-Dourle, commune imaginaire du nord de la France, où règne pour la majorité des habitants une certaine misère économique et sociale, vit Yvan, 16 ans. Désavantagé par sa laideur, pas très dégourdi, surprotégé par sa mère, il est le souffre-douleur des jeunes de son âge. Le jour où le petit frère d’un de ses persécuteurs est retrouvé mort, le garçon a tout du coupable idéal, aux yeux des flics, de son avocat et même de sa famille.

« C’est ma mère qui a répondu aux policiers.  » Mon fils va au lycée professionnel Albert camus, il veut devenir menuisier, il est très agile de ses doigts, il aurait pu faire artiste, sculpteur, ou bien peintre peut-être, mais on n’a pas assez d’argent alors il deviendra menuisier, et c’est déjà pas si mal… » J’ai regardé ma mère parce que c’était la première fois que je l’entendais dire, devant du monde, que j’aurais pu devenir un artiste. Le policier le plus âgé a dit à ma mère que c’était à moi de répondre aux questions qu’il posait et que j’était suffisamment grand pour répondre tout seul. Les deux policiers m’ont donc regardé en attendant ma réponse. […] « Je me fiche que tu deviennes menuisier ou plombier, je veux savoir quand tu as vu pour la dernière fois le petit Romain Barral, qui a été assassiné à quelques centaines de mètres de chez toi. C’est clair? Tu viens de nous dire que tu l’as vu hier, en rentrant du lycée! C’est bien ce que tu as dit? Je suis pas fou! » Je n’ai pas osé demander au policier pourquoi il me parlait comme s’il voulait me gronder, et il m’a dit en hurlant: « Hier, c’était dimanche, tu te fous de moi? Tu vas au lyce le dimanche? »

  • INTRIGUE: ♦♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦♦

« Aveu de faiblesses » est une espression qui peut avoir plusieurs significations et l »auteur les a toutes bien exploitées dans son roman. Jusqu’à la dernière ligne, on ne sait pas si Yvan, adolescent fragile et peu sûr de lui, est coupable du meurtre dont on l’accuse ou s’il est juste coupable d’être ce qu’il est. En effet, il a le profil parfait de l’assassin: il est laid, un peu simplet, marginal et mal-aimé. Tout au long du roman, l’auteur va jouer avec nous: coupable, non coupable? Ce sont finalement la société, sa violence et son hypocrisie qui sont pointées du doigt. Yvan né au mauvais endroit, dans une famille qui s’est marginalisé, avec un profil qui ne rentre pas dans les « bonnes » cases. On se prend à compatir à son sort. Sa fragilité et son manque de discernement nous le rendent sympathique…. jusqu’à un certain point cependant… Ce livre nous montrer également les rouages de la justice: on comprend que, mal informé sur ses droits, n’importe qui peut se retrouver dans une position délicate face à la police et aux juges, et qu’un mensonge qui semble anodin peut conduire derrière les barreaux. Avec une écriture efficace et prenante, qui jour sur l’ambiguité, l’auteur démonte la mécanique infernale qui va conduire un adolescent faible à avouer l’impensable. Un roman noir et social, assez glaçant, sur fond de violence et de solitude où la psychologie des personnages est au centre du récit. Personne ne sort grandi de cette histoire (en particulier la police avec des flics un peu trop caricaturaux cependant) qui laisse une vraie impression de malaise d’autant plus qu’on ne peut que faire le lien avec l’affaire Patrick Dils, qui semble avoir en grande partie inspiré Viguier. Une belle réussite!

 

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