On se souvient du nom des assassins – Dominique MAISONS *****

Giovanni Riva se souviendra longtemps du nom de l’assassin…!

IMG_20180610_155710_189 (2).jpgGiovanni Riva, apprenti journaliste, est détaché par son journal auprès de Max Rochefort, écrivain à succès dont la parution des romans feuilletons remporte un formidable succès. Le jeune homme a pour tâche d’être à la fois son secrétaire particulier et de jouer les espions pour son journal en rapportant ses faits et gestes. Tous deux vont se retrouver mêlés à un crime atroce perpétré sur la personne d’un cardinal, crime aux multiples ramifications.

« Quarante tonnes de journaux partent chaque jour d’ici pour apporter les informations à vingt mille détaillants tout autour du monde. Je sais que vous connaissez l’incroyable complexité de notre métier, mélange d’innovation technologique, de rigueur journalistique et de pari industriel. C’est un petit miracle que nous répétons chaque jour : concentrer ces informations, les trier, les mettre en forme et les donner au monde. On ne peut se permettre aucun relâchement. […]Nous n’apportons aux lecteurs que ce dont il a soif depuis l’Antiquité, de la tragédie.– On leur donne le goût du sang. On devrait essayer d’élever l’Homme au lieu de retomber dans les travers des jeux du cirque. Il n’y a plus de différence de ton et de procédé entre vos excellents romans-feuilletons et les articles traitant des « affaires criminelles ». Le spectacle devrait rester le spectacle, et la chronique judiciaire devrait s’en écarter autant que possible. Par votre talent et votre sens de la narration, vous contaminez vos confrères qui, du coup, se mettent à romancer la réalité. Vous finirez par créer des vocations de criminels séduits par le romantisme du crime que vous créez avec ces Rocambole et autres Habits noirs… C’est un jeu dangereux, et on ne cesse d’annoncer de nouvelles séries, toutes plus immorales! »

  • INTRIGUE: ♦♦♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦♦♦

Par son intrigue et son contexte historique, par son écriture et ses personnages, il s’agit d’un roman à la fois profondément ambitieux et ludique et populaire. Dominique Maisons parvient à nous plonger complètement en ce début de 20ème siècle, époque de bouleversements techniques, d’évolution des mentalités, moment où la littérature populaire gagne ses lettres de noblesse et où l’arrivée de nouveaux divertissements permettait de s’évader d’un quotidien particulièrement difficile. A partir d’un formidable travail de documentation, il rend hommage et fait revivre de façon très moderne le souffle haletant des romans feuilletons et recrée avec Max (le dandy) et Giovanni (le naïf) l’image de figures aussi célèbres et différents que Sherlock Holmes et Watson, Phileas Fogg et Rouletabille… Délaissant les dialogues pour leur préférer les descriptions (jamais ennuyeuses), l’auteur fait du lecteur un témoin passionné de couple d’enquêteurs, presque un troisième larron. Il a également eu l’instinct de ne pas délaisser les personnages secondaires qu’il s’agisse du commissaire Jucard, de Marguerite, la servante de Max ou de l’équipe qui travaille avec le célèbre écrivain: le récit fourmille de personnages et de possibilités offertes de développer son récit et de lancer de nombreuses fausses pistes. un roman qui a tout pour lui: du suspense, des personnages attachants, une écriture simple mais pas simpliste, agréable à suivre, du mystère, des mensonges, un peu de politique (nous sommes à cinq ans de la Première Guerre et quelques années après la séparation de l’Eglise et de l’Etat), des retournements de situation, des moments émouvants (les passages à l’asile font froid dans le dos) et des meurtres sanglants. Ce roman c’est aussi une mise en garde contre les dangers de la presse à sensation qui a tendance à donner de l’importance aux assassins, faisant ainsi tomber leurs victimes dans l’oubli. Un vrai bonheur de lecture!

5 classiques du roman feuilleton du 19ème siècle

  • L’affaire Lerouge – Emile GABORIEAU
  • Le fantôme de l’Opéra – Gastion LEROUX
  • Les mystères de Paris – Eugène SUE
  • Les Pardaillans – Michel ZEVACO
  • Fantomas – Pierre SOUVESTRE

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