Trois saisons d’orage – Cécile COULON ****

IMG_20180615_191131_302.jpgPour accéder aux Fontaines, il faut passer par une route étroite, sinueuse entre des falaises baptisées les Trois Gueules. C’est dans ce village coupé du monde où cohabitent villageois, paysans et ouvriers de la carrière de pierres, les « fourmis blanches » que s’installe André, médecin, après la deuxième Guerre mondiale. Amoureux de ce lieu sauvage, il va fonder sa famille: trois générations qui vont y vivre et être confrontés au poids de la passion.

« Sa fille devrait choisir. Comme elle. Choisir qui aimer, où travailler, où vivre. Quelles erreurs commettre. Dès qu’elle imaginait l’avenir de Bérangère, Agnès se rendait compte qu’elle avait grandi trop vite. Elle serait bientôt femme ; dans un village perdu au fin fond du pays, où rien ne l’attendait sinon ses parents, sa maison et un gentil garçon né aux queux des vaches. Bérangère devrait décider. Inquiète, Agnès anticipait les réactions de sa fille, des images de son adolescence revenaient comme une marée imprévue, elle se sentait défaillir sous le poids, la vitesse du temps qui passe. Agnès avait oublié ce que signifiait choisir. Pour elle, cela avait été facile. Les bons choix. Sans faux pas, sans caprice, sans délire. Tout lui avait paru si simple, si net, dans son bureau, face à Benedict. Son monde tel qu’il était aujourd’hui, cette grande maison, cette fillette qui n’en était déjà plus une, ces deux hommes qui vieillissaient à leur rythme, sous le même toit, avec la même envie de garder intact ce palais, cette famille, cette douceur qu’ils avaient créée, toutes les pièces s’assemblaient en un puzzle magistralement construit. »

  • INTRIGUE: ♦♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦♦

Cécile Coulon nous offre un roman ancré dans la terre, un roman de terroir puissant habité par des personnages riches, écorchés et au fort caractère que l’on suit durant trois générations: André, son fils Benedict et sa petite-fille Bérangère, autant de figures qui accompagnent longtemps après avoir refermé le livre. Au coeur de l’intrigue, les Trois-Gueules, ce lieu qui devient un personnage à part entière omniprésent, oppressant parfois, immuable. L’auteur tisse, au fil des pages, une trame dramatique autour de la famille d’André, puis mêle cette histoire avec celle d’une autre famille, de paysans. Deux familles liées par un secret. Une intrigue passionnante et saisissante sur un fond historique qui l’est tout autant: l’essor des trente Glorieuses, l’exode rural, les inégalités sociales, le lien à la terre. Au milieu d’une nature capricieuse et parfois hostile, cette saga familiale, d’une frande puissance, agrippe le lecteur dès les premières pages. L’écriture est vivante, minérale, précise (même si certaines descriptions sont un peu répétitives et les images parfois surprenantes) et Cécile Coulon décrit avec virtuosité aussi bien ces paysages séculaires et oubliés que les scènes du quotidien. Elle sait aussi parfaitement faire monter la tension: dès les premières lignes, on sent qu’un drame se prépare et tout est très bien construit. C’est une vraie « raconteuse » qui sait suggérer et faire aimer ses personnages. Un récit âpre qui prend parfois l’allure de conte, avec ses superstitions et son fatalisme. Dans un style moins manièré que dans ces précédents romans, avec une plume qui prends du poids, cette encore très jeune auteure nous livre une histoire atemporelle d’une grande maitrise.

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