Songe à la douceur – Clémentine BEAUVAIS ****

IMG_20180624_144609_594 (1).jpgParce qu’à 17 ans, il lui a dit qu’ils s’ennuieraient ensemble, Eugène a rejeté l’amour de Tatiana. Ils venaient de passer l’été dans le jardin de Tatiana, toute jeune adolescente de 15 ans. Jeune fille studieuse et persuadée que les livres nous racontent la vraie vie, voyait en Eugène le prince charmant. Mais la vie n’est pas un conte, la vie est cruelle et leurs chemins se sont séparés. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard dans le métro et se rejoue alors leur amour adolescent…

« Il se dit: « C’est une gamine ».
Gamine est un terme pratique. Gamine égale
mignon, gamine égale enfant et sœur.
Gamine est raide; gamine exclut les courbes
lourdes, les seins en poire;
Gamine est fraîche; gamine n’a pas l’attrait brûlant
des aventures;
Gamine est lisse; gamine n’a pas d’escarpements
ni d’encoignures.
Gamine on la borde. On lui lit des histoires
édifiantes pour la faire dormir.
Gamine on lui fait son éducation.
Eugène se sent comme investi d’une grande mission.
Il sait ce qu’il va lui répondre; il compose dans sa tête une réponse pleine
de ces trois années qu’il a vécues de plus qu’elle;
de ces dizaines de livres qu’il a lus de plus qu’elle;
de ces nombreuses amours qu’il a eues de plus qu’elle. »

  • INTRIGUE: ♦♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦♦♦

Si je n’étais pas passé outre le titre, l’illustration, le texte en quatrième de couverture, ainsi que les autres romans de l’auteure, jamais je n’aurais entrepris la lecture de ce livre… Difficile d’écrire aujourd’hui une histoire d’amour adolescente orginale, qui sorte des sentiers (re)battus de la mièvrerie et qui apporte une véritable plaisir de lecture. Et pourtant c’est le pari qu’a réussi haut la main Clémentine Beauvais! Ce qui attire l’oeil dès que l’on feuillette l’ouvrage, c’est évidemment la forme: un mélange de prose, de théâtre et de poésie libre qui s’empare hardiment de la page, où les mots dansent afin de nous faire ressentir les déplacements des personnages et leurs émotions. Un véritable opéra du langage qui donne à voir et à sentir, avec ses blancs, ses répétitions, ses changements de rythme… Un pur exercice de style extrèmement réussi car on en prend plein les yeux et on se rend compte que les contraintes formelles peuvent de venir un formidable tremplin pour l’imagination (les passionnés de design littéraire, de typographie, les fans d’OULIPO et de Parec, dont je suis, seront enchantés)! Et le contenu est à la hauteur de l’exigence formelle imaginée par l’auteure: l’histoire d’amour à la fois drôle et poignante qui unit Eugène et Tatiana, à l’adolescence puis à l’âge adulte, inspirée d’Eugène Onéguine de Pouchkine, dans une réinterprétation moderne et vivante. Elle souhaite comprendre le passé (en particulier un drame qui les a touché) alors que lui cherche à saisir une nouvelle chance de renouer avec cet amour perdu. Un roman à deux voix, et même même à trois voix puisque le narrateur commente les pas de danse amoureux que mènent les personnages. A la manière d’un choeur antique, il amplifie les dialogues et les échanges, se moque d’eux parfois et apporte une dimension de questionnement. Le lecteur observe et écoute deux individus qui se tournent autour, à la manière d’un marivaudage, en se demandant comment tout cela va finir. L’écritre est à la fois légère et profonde, classique et moderne et sait nous surprendre à chaque instant. Un roman extrèmement qui ne ressemble à aucun autre et offre un vrai plasir de lecture.

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