Rendez-vous au 10 avril – Benoît SEVERAC ****

IMG_20180718_133010_249 (1).jpgLa Grande Guerre est achevée depuis trois ans, et chacun reprend sa place comme il peut dans une société qui s’étourdit pour oublier. Pourtant, les douleurs et les blessures sont toujours présentes. A l’École nationale vétérinaire de Toulouse, la mort d’un professeur vient troubler les codes bien établis de cette institution. Seul un inspecteur, brisé par un passé qui le hante, ose l’affronter. Parviendra-t-il à briser la chape du silence et à faire éclater la vérité ?

« La secrétaire a tout de suite vu en moi le haillon de l’administration dont elle revêt, elle, le plus bel habit, celui de la rigueur et de l’abnégation. S’il ne tenait qu’à elle, je n’aurais même pas franchi le seuil de la noble institution qu’elle personnifie; à la rigueur, serais-je passé par l’entrée des maquignons avec qui je ne dépareille pas à ses yeux. […] Après avoir ouvert le bureau seigneurial d’un revers du bras droit, elle se plaque contre le mur afin de tenir son corps le plus éloigné de l’étoffe douteuse de ma vareuse en laine peignée. Elle se raidit comme un piquet et détourne ostensiblement la tête au moment où je passe pour ne pas avoir à respirer mon odeur qu’elle suppose, probablement à juste titre, fétide et imbibée; mélange de sueur, de fumée de cigarette et d’effluves éthiliques. Ce qui est un supplice pour elle est une délectation pour moi. »

  • INTRIGUE: ♦♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦♦

Le roman débute avec un souvenir traumatisant du Front: cauchemar où le narrateur se souvient d’un épisode de la Grande Guerre quand les obus tombaient autour de lui, englué dans la boue au milieu des cris des autres soldats …  On le retrouve en 1921 dans les rues de Toulouse, démarrant sa journée par la tournée des bars, avant de prendre son service comme inspecteur de Police. Ce vétéran est confronté à deux décès aux apparences trompeuses survenus dans la nuit : le suicide d’un professeur de l’école vétérinaire et la mort d’un notable de la ville. Si l’enquête se révèle assez classique dans son traitement et bénéficie de quelques coïncidences bienvenues, la part belle est ici donnée au narrateur, lequel porte en lui les stigmates de la guerre mais aussi le poids d’un secret qu’il a bien pris soin d’enfouir sous de fortes doses d’alcools et de morphine. Son état n’est pas sans embarrasser sa hiérarchie, sans gêner non plus certaines personnes qu’il est amené à rencontrer au cours de son enquête, en particulier les notables de la ville rose qui cachent bien des secrets et des compromissions. L’auteur restitue très bien l’atmosphère amère de l’après guerre avec l’animosité entre planqués et ex-soldats (mais pourquoi ne sont ils pas morts sur le Front comme tous les autres ?) et l’hypocrisie de la bourgeoisie. Cet homme, dans son désespoir, sa ruine, sa douleur, Benoit Séverac a su le rendre authentique jusqu’au final pas si étonnant de cette histoire qui va au bout de sa logique implacable, le tout servi par une écriture agréable. Un très bon roman!

5 polars sur fond de Première Guerre mondiale

  • Quadrige – Frédéric H. FAJARDIE
  • La cote 512 : Une enquête de Célestin Louise, flic et soldat dans la guerre de 14-18 – Thierry BOURCY
  • La der des der – Didier DAENINCKX
  • Une terre d’ombres – Ron RASH
  • La valse des gueules cassées – Guillaume PREVOST

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