Les petites chaises rouges – Edna O’BRIEN *

IMG_20180817_133933_066.jpgDès qu’il franchit le seuil de l’unique pub ouvert à Cloonoila, un village perdu d’Irlande, l’étranger suscite la fascination. Vladimir Dragan est originaire du Monténégro. Il s’établit comme guérisseur. On lui trouve un logement, un cabinet médical, et sa première cliente sort de sa séance totalement régénérée. Rien d’étonnant à ce que Fidelma, belle et mariée à un homme plus âgé qu’elle, tombe sous le charme. Une idylle naît, brutalement interrompue quand Dragan est arrêté.

« Un jeune entra, qui resta bouche bée devant l’étrange personnage à lunettes noires, avant de partir d’un grand éclat de rire. Puis une des soeurs Muggivan a débarqué et a essayé d’engager la conversation, mais il était perdu dans son monde, ruminant ses pensées et marmonnant dans sa barbe, dans une autre langue. Après son départ, il s’est détendu, a laissé son manteau glisser de ses épaules et a dit qu’il voyageait depuis des jours et des jours, mais il n’a pas dit d’où il venait. Dara a versé un autre verre en se montrant plus généreux cette fois, et il a dit qu’il pouvait mettre son nom sur l’ardoise en comptant sur ses visites régulières. « C’est un honneur de vous accueillir, m’sieur », et il laissa l’homme fatigué à ses méditations tout en écrivant dans son livre la date et les deux brandies. Le visiteur a dit que dans son coin du monde on faisait le brandy avec des prunes et des quetsches et que la rekija, comme on l’appelait, avoisinait au moins les 40 degrès. Il était obligatoire aux baptêmes, aux mariages et sur la tombe des guerriers. »

  • INTRIGUE: ♦♦
  • PERSONNAGES: ♦
  • ECRITURE: ♦
  • ORIGINALITE: ♦

« Prodigieux roman », « éblouissant », « splendide »… Voici ce que promettent les critiques en quatrième de couverture… En réalité je n’ai pas réussi à être touchée par cette histoire dans laquelle je ne suis jamais vraiment entrée. Fidelma, autour de laquelle tournent tous les autres personnages, est une sorte d’Emma Bovary irlandaise, qui va tomber amoureuse d’un étranger, poète-thérapeute, qui l’attire et l’intrigue à la fois et qui va s’avérer être un criminel de guerre. Cette liaison fera d’elle une femme bafouée, une innocente tombée dans les mains du diable. En parallèle, le roman aborde le destin des réfugiés, la vie de femmes clandestines dont Fidelma croise la route ; chacun raconte son histoire mais finalement, aussi tragique soient-ils, ces destins s’entrelacent sans réel fil conducteur et l’énumération devient lassante et n’encourage pas l’empathie. Les personnages masculins sont très négatifs:  Vlad est abject, persuadé qu’il avait raison de faire ce qu’il a fait, condescendant avec Fidelma, égocentrique. Jack, le mari trompé, est falot puis, découvrant la trahison, devient violent et fou. Si la mise en place du récit dans la première partie se révèle intriguante avec l’arrivée de l’étanger qui bouleverse la vie quotidienne du village, la suite m’a complètement perdue, la faute sans doute aux très nombreux changements de narrateurs, à la construction des phrases et aux pensées décousues des personnages, qui aboutissent à un récit morcelé, heurté et chaotique. Ce roman qui veut montrer comment la violence du monde touche des territoires a priori tranquilles et des existences intimes, est sans nul doute un véritable objet littéraire qui peut susciter la discussion mais qui me m’a convaincue à aucun moment.

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