Le magasin de jouets magique – Angela CARTER ****

IMG_20180820_102335_463.jpgSuite à la mort de ses parents dans un accident d’avion, Mélanie, une jeune adolescente, doit quitter, avec son frère et sa petite soeur, sa belle maison de campagne et sa vie privilégiée pour aller vivre dans le petit appartement londonien de son oncle Philip. Ce dernier, créateurs de jouets et monteur de marionnettes, se révèle très vite être un homme tyrannique et effrayant.

« Entre une bijouterie en faillite, condamnée par des planches, et une épicerie à la vitrine remplie de cornflakes solaires se trouvait l’antre sombre d’un magasin, si chichement éclairé qu’on ne le remarquait pas tout de suite, comme s’il courbait le front sous le logement d’au-dessus. Dans la grotte, on distinguait les vagues contours d’un cheval à bascule et l’écarlate plus vif de ses naseaux dilatés, ainsi que des marionnettes aux membres raides, vêtues de couleurs chaudes et sombres et pendues à leurs fils. Mais le vernis brun du cheval et les tons prune et violets des poupées formaient un mélange si obscur qu’on ne voyait pas grand chose. Au-dessus de l’entrée il y a avait une enseigne: « Jouets Philip Flower. Farces & Attrapes » en lettres rouge foncé sur un fond chocolat. Fichée dans la porte, sous une carte sur laquelle était écrit « Ouvert », en italique, il y en avait une autre plus petite, une carte de visite, qui disait: « Francie K. Jowle. Violon. Quadrilles et gigues, etc. une bouffée de la vieille Irlande. Disponible à la demande. Tarifs raisonnables. »

  • INTRIGUE: ♦♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦♦

Ce roman initiatique qui se présente sous la forme d’un conte, relate le passage vers l’âge adulte d’une jeune fille sensible et privilégiée qui voit du jour au lendemain son existence bouleversée par un changement de vie radical. Elle va devoir quitter son environnement douillet pour une nouvelle maison étrange dans un quartier pauvre de Londres et d’adapter à une nouvelle famille: sa tante Margaret, muette, les deux frêres de celle-ci, Francie et Finn, d’origine irlandaise, et surtout son oncle Philip dont l’attitude austère et la sévérité lui confère l’image d’un ogre, sorte de Barbe-Bleue, reclu derrière les portes fermées de sa demeure et de son atelier de création de jouets. Angela Carter confère à la rencontre entre ces deux mondes une sorte de réalisme magique: s’il est marqué par l’esprit d’émancipation de la fin des années 1960 (prémices du féminisme et de la libération sexuelle, évolution des moeurs), le récit semble intemporel par les questions qu’il soulève, qu’il s’agisse de la fin de l’enfance, des faux-semblants, de la confrontation du mal et de l’innocence. L’impression de se trouver dans un conte est renforcée par la présence des pantins et des marionnettes, uniques centres d’intéret de Philip qui leur fait jouer des saynètes sombres et cruelles, mais aussi par les photographies et les tableaux qui, toujours en léger décalage avec la réalité qu’ils imitent sans la reproduire fidèlement, produisent un effet de vertige aux yeux de Mélanie et entrainent finalement l’histoire sur la pente du merveilleux à mi-chemin entre Edgar Poe et Lewis Carroll. Servi par une belle écriture aux images étonnantes, ce roman mêle habilement modernité, romantisme et surréalisme. 

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