Molécules – François BEGAUDEAU ****

IMG_20180827_153057_233 (1).jpgA Annecy, Jeanne Deligny, animatrice dans un centre psychiatrique, est découverte morte sur son palier, égorgée, le visage lacéré de coups de cutter. Le capitaine Amélie Brun et son équipe sont chargés de l’enquête auprès de sa famille, ses collègues, ses patients… Sans motif apparent au meurtre, l’enquête s’enlise jusqu’à la découverte d’un sac plastique qui va mener les enquêteurs à la vérité.

« Le capitaine propose un charge-décharge. Jeu coutumier entre eux pendant les heures de planque, avant qu’elle s’en fasse dispenser par sa hiérarchie en arguant, impénitente, de l’anxiété de ses fils lorsqu’elle passe la nuit dehors. Auprès des galons, toujours faire valoir des problèmes de mère, ils n’y connaissent rien, n’en veulent rien connaître, gobent tout. Un lancer de fléchettes aveugle confie à Calot la décharge. Rôle taillé pour lui. Innocenter lui va, et si possible tous les humains dès lors égaux et fraternels et le capitaine en soupire d’avance. Quel ennui ce serait. Donc charge-décharge. Dans l’état actuel de leurs connaissances, de leur ignorance, la liste des coupables potentiels recoupe celle des Terriens, moins les paraplégiques et les grabataires inaptes aux escaliers. Bien que rien n’indique une intimité entre l’agresseur et l’gressée, les deux joueurs conviennent de se restreindre d’abord au cercle des familiers. »

  • INTRIGUE: ♦♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦♦

On pourrait dire que nous avons affaire à un roman policier. En effet oui, il y a une enquête, nous assistons à des interrogatoires, nous sommes confrontés à des suspects, les policiers finissent par trouver un coupable au procès duquel nous assistons. Mais là n’est pas l’essentiel. L’histoire est, en fait, le prétexte à une étude approfondie des personnages ainsi qu’à un étonnant exercice de style. François Bégaudeau ne s’arrête pas simplement sur les principaux protagonistes (le mari, la fille…) il s’intéresse aussi à la concierge de l’immeuble, aux patients du centre, des êtres fragiles, loufoques et différents, et à bien d’autres que d’aucuns qualifieraient de secondaires. L’écriture est jubilatoire, elle permet de passer allègrement de la tragédie à la comédie et n’a pas son pareil pour nous faire vivre des scènes hilarantes « Au fond du parc, deux piquets orphelins et une raquette prise dans les fils électriques suspendus composent un reliquat d’activité badminton. Un vingtenaire s’égosille à expliquer à une femme deux fois plus âgée que jeter sa raquette en l’air n’est pas la meilleure méthode pour jouer. » En glissant d’un point de vue à l’autre, l’auteur nous donne une vue à la fois générale et intime de cette histoire somme toite banale, propre à chaque personnage, de l’enchaînement des évènements. Pas de pesantes analyses psychologiques dans ce roman, mais quelque chose de plus léger et plus grave, quelque chose qui donne à voir des êtres humains confrontés à une réalité dont ils ne maîtrisent rien. Se jouant de tous les clichés, des tics de langage et des phrases toutes faites, l’auteur nous amène à reconsidérer notre rapport à la fiction mais aussi les carcans langagiers dans lesquels sont enfermés êtres et personnages. L’intrigue est pleine de rebondissements, les systèmes policier, judiciaire, carcéral sont passés au vitriol et  les dialogues sont vifs, ça pique, c’est drôle et corrosif. Un roman agréable et très original.

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