24 vues du mont Fuji, par Hokusai – Roger ZELAZNY ***

IMG_20180913_150655_143 (1).jpgAprès la disparition de son mari, armée d’un livre, Les Vues du mont Fuji, par Hokusai, une femme part sur les traces du célèbre peintre japonais afin de retrouver vingt-quatre des emplacements depuis lesquels l’artiste a représenté l’emblématique volcan. Un pélerinage, un retour sur soi et sur son passé pour comprendre comment elle en est arrivée là, comment tout cela est arrivé et peut-être se préparer à une ultime confrontation…

« Je compare l’estampe à la réalité. Pas mal, cette fois. Le cheval et l’homme ne sont pas sur le rivage, mais il y a un petit bateau sur l’eau. Pas le même genre d’embarcation, certes, et j’igonre s’il transporte du bois de chauffage, mais il suffira. Trouver une concordance serait surprenant. Le bateau s’éloigne. Le rose du ciel de l’aube se reflète sur les étendues d’eau les plus lointaines et sur les pentes enneigées de la sombre paroi du Fuji. Le batelier de l’estampe s’écarte du rivage eu poussant sur une perche. Charon? Non, je suis plus enjouée aujourd’hui qu’à Hodogaya. L’embarcation? Trop petite pour être la Narrenschiff, trop lente pour le Hollandais volant. La navicella. Oui. « La nacelle de mon génie » laquelle Dante est parti vers son deuxième royaume, le Purgatoire. Le Fuji, donc. Peut-être bien. L’enfer en dessous, le paradis au-dessous, le Fuji comme étape, halte, station. Une métaphore correcte pour une pélerine qui aurait bien besoin d’une purge. Appropriée. Car il y a tout ici, sous mon regard, au-dessus de l’eau: le feu, la terre, ainsi que l’air. La transition, le changement, je suis de passage.

  • INTRIGUE: ♦♦♦
  • PERSONNAGES: ♦♦♦
  • ECRITURE: ♦♦♦
  • ORIGINALITE: ♦♦♦♦

Tout le monde ou presque, connait directement ou indirectement l’oeuvre du peintre japonais Hosukai. En particulier La Vague (le titre exact étant Grande vague au large de Kanagawa), l’une des estampes issue de son oeuvre Les 36 vues du Mont Fuji. Zelazny s’inspire de ces visions du Mont Fuji, parfois proéminent au centre du tableau, parfois discret mais toujours présent dans le cadre, pour baliser le parcours de Mari, une femme d’origine japonaise qui entreprend un pèlerinage, pendant lequel elle essaie de combattre la douleur qui la ronge pour retrouver les cadrages utilisés par le peintre dans ses estampes, elle-même possédant un livre qui en comporte 24. Ce sera donc le nombre de ses étapes (et de chapitres de ce court roman). On peut se demander au premier abord pourquoi cette novella est classée dans les littératures de l’imaginaire; cependant, certains éléments étranges apparaissent peu à peu. Le passé de l’héroïne s’éclaire par petites touches et des éléments surnaturels sont disséminés au fil du voyage. Par exemple, Mari manie un BŌ, un bâton de combat japonais afin de combattre des créatures faites d’énergie électrique (les épigones). Par ailleurs, dès le début, on comprend que cette femme est revenue de façon clandestine au Japon, qu’elle se cache, se sent surveillée et risque d’être attaquée à tout moment. Enfin, un doute plane sur la mort de son mari, Kit, expert dans la maitrise des énergies: comme le chat de Schrodinger, il semble à la fois mort et vivant, prisonnier d’un monde parallèle, qui peut s’apparenter à un univers numérique (ce en quoi le roman est assez visionnaire puisqu’écrit en 1986!). Tout est très intriguant, parfois un peu déconcertant au début, avant que les éléments de l’histoire se mettent en place pour former un tout cohérent à la fin. L’écriture est poétique et finalement, l’enchainement des descriptions du mont Fuji, porté par les visions de l’héroïne, ne lasse pas. Cependant, comme la plupart du temps dans les nouvelles ou les romans très courts, j’ai regretté le manque de développement et de profondeur des personnages secondaires et les références littéraires, picturales et philosophiques, intéressantes et en lien avec l’histoire, sont tellement nombreuses que l’on se sent parfois un peu perdu dans l’univers intérieur de Mari. Si le fond de l’intrigue m’a un peu échappée, la forme de ce voyage pictural et intime est intéressante, portée par un style prenant et donne envie de relire certains passage en se reportant aux estampes d’Hokusai. Un étonnant mélange des genres pour un roman inclassable!

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s