Annihilation

LIVRE: Annihilation – JEFF VANDERMEER (2014) **

FILM: Annihilation – ALEX GARLAND (2018) **

Rappel de l’histoire:IMG_20180313_155549_149

Une équipe féminine constituée de quatre scientifiques, chacune spécialiste dans son domaine, est envoyée pour explorer et cartographier la Zone X, une portion de territoire apparue de façon mystérieuse, où de nombreux phénomènes étranges se produisent et auxquels personne n’a jamais réussi à trouver d’explication rationnelle.

Si résumer l’histoire est assez simple, retranscrire l’atmosphère générale l’est beaucoup moins. Tout comme la Zone X, l’intrigue semble échapper à toute logique. A travers le journal de la biologiste, le personnage principal, nous découvrons ce lieu difficilement descriptible, où tout semble menaçant (les coéquipières, la faune, la flore…). L’exploration de la zone est une plongée sensorielle dans un monde inconnu à propos duquel on se pose beaucoup de questions mais dont au final, on n’apprend pas grand chose. L’auteur crée un univers à part entière, mais pourquoi? Les détails sont nombreux, les descriptions riches, mais trop répétitives. La scène finale semble interminable…

Et si on espère avoir des éclaircissements grâce au film, c’est peine perdue… La beauté visuelle est au rendez-vous: les images de la zone sont magnifiques (animaux mutants, paysages) ainsi que les errances rêveuses et introspectives des personnages. La construction repose sur les flash-back et les manipulations narratives. Là encore, tout est très lent, contemplatif et on ne voit pas très bien où tout cela nous mène.

Cette zone X m’apparait comme une allégorie de l’inconnu, du futur, une incarnation du chaos de nos sociétés et des chaos personnels que vivent les membres de l’expédition (deuil, alcoolisme…) et que nous pouvons vivre aussi. Après les avoir traversés, sommes-nous les mêmes? Qu’est-ce qui fait notre nature profonde?

Les principales différences entre le livre et le film:

  1. La zone X: dans le livre, aucune explication n’est donnée sur son origine alors que l’on comprend dès le début du film qu’elle possède une origine sans doute extraterrestre.
  2. Les personnages: dans le livre, elles ne sont pas nommées mais seulement désignées par leur fonction (la géomètre, l’anthropologue…) ce qui créé un sentiment de distance, non seulement entre elles, au sein de l’équipe, mais aussi vis-à-vis du lecteur qui a du mal s’attacher à elles. Leur destin individuel diffère entre le livre et le film.
  3. La biologiste et son mari: personnage central du roman, celle par qui nous voyons les évènements à travers son journal part pour découvrir ce qui est arrivé à son mari, qui n’est pas revenu d’une précédente expédition. Dans le film, elle part après son retour lorsqu’il commence à montrer des changements psychiques et physiques. Elle veut comprendre pourquoi.
  4. La Tour-tunnel: la majorité du roman se déroule dans cette structure difficilement descriptible qui s’enfonce profondément sous terre et dans laquelle les scientifiques font leurs premières découvertes (exploration du noir, de l’inconnu, découverte de moisissures étranges, peut-être mortelles) . Cet aspect est laissé de côté dans le film au profit de l’exploration de la zone en elle-même.
  5. L’hypnose: elle est utilisée dans le roman pour aider les scientifiques à garder leur calme lors de l’angoissante traversée de la frontière mais aussi par la psychologue pour forcer ses coéquipières à avoir certains comportements. Le mot « annihilation » est ainsi une commande suggestive. Cela n’apparait pas dans le film où le mot prend une autre signification: il s’agit du processus provoqué par la zone sur les êtres humains, l’anéantissement de soi.
  6. La fin: le réalisateur a choisi de s’écarter totalement de la fin originelle. Dans le livre, la biologiste décide de rester dans la zone quand elle trouve le journal de son mari (ce qui permet une ouverture vers la suite et le tome 2); dans le film, elle rentre et est interrogée sur son expérience. Mais est-ce bien elle qui est rentrée? son double? Le mystère reste entier…

Conclusion:  Un livre et un film dans la lignée de Lovecraft et Kubrick, pour ceux qui acceptent d’être transporté en terrain flou, mouvant, qui apprécient l’exploration de bizarreries et surtout les questions sans réponse dans une atmosphère très anxiogène qui fait sans cesse osciller la narratrice/héroïne et le lecteur/spectateur entre émerveillement et malaise. Une expérience assez étrange qui mériterait sans doute d’être aprofondie et éclairée par la lecture du tome 2.

(24/03/2018)