#L’aliéniste

LIVRE: L’ALIENISTE – Caleb CARR (1994) ****

SERIE: THE ALIENIST – Hossein AMINI (2018) ****

IMG_20180318_123811_756Rappel de l’histoire: 1896. Une série de sordides meurtres d’enfants prostitués est commise dans les bas-fonds de Manhattan. Devant l’impuissance des autorités, Théodore Roosevelt, alors préfet de police, fait appel à Laszlo Kreizler, aliéniste, et John Moore, dessinateur judiciaire, pour traquer le meurtrier. Ce duo va être épaulé par Sara Howard, secrétaire de Roosevelt et première femme à entrer dans la police de New York, et deux frères légistes.

Les points positifs: Caleb Carr a ancré son roman dans la société new yorkaise en transition de la fin du 19 ème siècle, où l’on commence à s’intéresser à la psychanalyse. L’aliéniste est une sorte de première version du profileur, du psychocriminologue capable d’analyser et de décrypter les motifs derrière les actes et de dresser un portrait des criminels. Cette originale chasse au tueur en série est développée dans un contexte historique extrèmement bien reconstitué, l’auteur ayant mené de nombreuses recherches. Il en est de même pour la série : la reconstitution apparaît peut être encore plus spectaculaire. Les extérieurs, aussi bien que les intérieurs sont impressionnants. Le rendu d’atmosphère est une belle réussite, aussi bien au travers de lieux guindés (opéra, restaurants) que pour des rues malfamées. L’ambiance est sombre, malsaine à l’image de l’intrigue particulièrement sordide (les scènes de crimes sont très réalistes).

Les protagonistes remontent la piste du tueur tout en explorant leur propre psyché, également complexe. Les trois enquêteurs qui souffrent de blessures personnelles trouvent dans cette investigation un moyen d’exorciser leurs démons. Kreizler lui-même n’est pas exempt de failles, de secrets et de douleurs passées. Le personnage est intéressant car il porte un regard avant-gardiste sur son temps en ce qui concerne la place des femmes dans la société, la rigidité de façade des moeurs de l’époque et la sexualité qu’il tend à déculpabiliser. D’autres thèmes sont abordés comme l’antisémitisme, la corruption, la place de la religion, l’immigration. Kreizler est une élément perturbateur face à l’ordre établi, les riches et les puissants, conservateurs, d’un côté, les démunis de l’autre: tous ont un rôle à tenir et reconnaitre qu’il existe ce type de meurtrier est comme remettre en question les règles sociales.

Les points négatifs: Très bien construit, le roman souffre cependant d’un certain manque de rythme que l’on retrouve dans la série. Le processus d’analyse psychologique du criminel nécessite de très longues discussions entre les enquêteurs et on assiste à l’avancée de l’enquête point par point dans le moindre détail. L’enquête part dans plusieurs directions différentes sans réel motif (une fausse piste sur 5 épisodes: le tout aurait peut-être mérité d’être plus resserré pour garder de l’intensité). Par ailleurs, si les acteurs sont très bons, Daniel Brühl en tête en médecin totalement impliqué dans son enquête, Dakota Fanning est décevante dans le rôle pourtant très intéressant de la première femme à participer à une enquête criminelle: un manque flagrant d’expression et d’émotion qui ne donne pas envie de suivre cette héroîne en puissance.

En conclusion: Une belle adaptation d’un formidable thriller historique qui se suit avec plaisir essentiellement pour son atmosphère.